Mittelhauser Bertix 22 Aout 1914

Les carnets de route célèbres.

 

Carnet de route de André Mittelhauser (11e RI) .

 

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Vendredi 7 août 1914

 

Suippes (Marne), 16 h. 30. – Nous avons débarqué sous la pluie à 13 h. 30. Le bataillon attend dans un champ détrempé voisin de la gare que la reconnaissance du cantonnement soit terminée; nous sommes à huit cents mètres environ de la ville dont on aperçoit les maisons blanches derrière un léger rideau d’arbres. Des automobiles militaires circulent sur la route ; des estafettes passent au galop, portant des ordres; l’une d’elles s’arrête devant le commandant et lui remet un pli; peu après le bataillon se rassemble, s’ébranle et, vers 16 heures, nous entrons dans Suippes.

18 h. 30. – Ma section, a reçu une mission spéciale je suis chargé de la garde du pont sur la route de Verdun. Mes hommes sont installés en cantonnement d’alerte dans un hangar, à quarante mètres environ du pont, en deçà de la rivière. J’ai reçu des consignes sévères : Sentinelle double. Arme ,chargée. Baïonnette au canon. Elle arrêtera toutes les autos et les voitures ; les propriétaires de ces véhicules doivent être  porteurs d’une autorisation écrite de l’autorité militaire ou du maire de la commue. Si les autos continuaient d’avancer, la sentinelle ferait , feu. Dans le case où un doute s’élèverait dans l’esprit de la sentinelle au sujet de l’authenticité de l’autorisation montrée, elle irait prévenir le chef de ­section qui prendrait une décision. La sentinelle laissera passer toutes les personnes munies d’une petite médaille marquée:  S.G.

 
Je suis en liaison avec une demi-section de la compagnie qui garde un chemin, allant vers la gare, à ma droite. Les gens nous regardent curieusement; ils paraissent inquiets.

Un vieillard me dit, très triste « J’étais aux mobiles de la Seine en 70! » Une toute jeune femme qui l’entend ajoute :« Mon mari est parti soldat à Châlons! »’ Puis, après quelques secondes de silence: Mon Dieu, monsieur, pourvu que les Allemands ne viennent pas ici »Bien vite, je réponds : «Il  faudrait pour cela, madame, qu’ils aient passé sur nous! » Quelques-uns de mes hommes qui assistent à l’entretien rient de bon coeur; mais je sens que la femme n’est pas rassu­rée. Elle hoche la tête et s’en va sans rien dire.

21 h. Il pleut toujours; mes pauvres sentinelles sont trempées comme des soupes. Le commandant les a autorisées à s’abriter sous la charrette que j’ai disposée en travers du pont pour barrer la route. J’ai reçu une nouvelle consigne : « Arrêtez l’automobile 124 M.N.-40 venant de la Suisse par Morteau et chargée de dynamite. Mot : Lannes-Lectoure. Se méfier des prêtres et des dames de la Croix-Rouge. »

23 h. 15. – Je viens d’arrêter un groupe de quatre cyclistes dont un lieutenant d’administration soupçonné, paraît-il,  d’espionnage par le maire de Suippes. Ils ont-été conduits au quartier général où ils seront interrogés. Ronde d’officier au moment où je rentre au cantonnement.

 

Dimanche, 9 août 19-14

 

Suippes (Marne), 7 h. 30. Même poste, même mission. La nuit, très froide, s’est écoulée sans incident notable. Vers 3 heures du matin, un bruit de galop de chevaux m’a réveillé. Un homme dans la nuit m’appelle. J’arrive au pas de course sur la route au moment où la sentinelle crie : « Halte-là! Qui vive ! »

Le mot est donné en réponse d’une voix forte. Je distingue une silhouette qui marche vers moi. C’est un officier enveloppé d’un grand manteau et qui appelle : « Chef de Poste! » « Pré­sent ! »

J’apprends bien vite que je suis en présence du chef d’état-major du général Poline et que je dois livrer passage à un convoi qui le suit.

Vers 6 heures, je vois arriver le commandant Roy

Mittel, il paraît que le général est passé par ici cette nuit ?

Oui, mon Commandant…

Vous a-t-il dit quelque chose?…

 

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